Un premier pas qui n’aide pas

Il a fallut 5 ans et demi pour ce premier test et un début de réponse. Mais pendant ce temps, les troubles du comportement étaient là, sans cesse. Je sais que de nombreuses personnes ont connu pire que ce que je vais décrire, néanmoins cela a été trÚs dur a vivre.

Petit Guerrier souffrait d’une grande hypersensibilitĂ©. HypersensibilitĂ© Ă©motionnelle mais aussi sensorielle. Il ne supportait pas les bruits forts et se bouchait souvent les oreilles. Pour autant, il gĂ©nĂ©rait lui mĂȘme Ă©normĂ©ment de bruit. C’Ă©tait d’ailleurs un des signes qui m’avait mis sur la piste de l’autisme. Tout comme cette aversion Ă  toucher certaines textures et aussi Ă  ĂȘtre touchĂ© …

Une gestion de chaque instant

Difficile de maintenir un lien avec son tout petit dans ces conditions. Petit Guerrier Ă©tait en mouvement constant, il n’avait de cesse de courir, de grimper, de faire la bagarre. Il Ă©tait souvent trĂšs grincheux et colĂ©rique. Et oui, quand, on ne dort pas la nuit, on ne peut pas ĂȘtre de trĂšs bonne humeur et il en Ă©tait de mĂȘme pour moi qui subissait les nuits blanches. Un dĂ©tail pouvait ĂȘtre Ă  l’origine d’une crise et souvent il fallait creuser pour avoir le fin mot de l’histoire.

Un jour, en rentrant du centre aĂ©rĂ©, Petit Guerrier 4 ans et demi est revenu avec un Ă©lĂ©phant en bois qu’il avait peint. Il semblait content de sa journĂ©e. Dans la voiture, il commença Ă  me poser des questions sur les Ă©lĂ©phants puis il me demanda si nous pouvions avoir un Ă©lĂ©phant dans le jardin. Tout naturellement, je lui explique que ce n’est pas possible, un pachyderme Ă©tant quelque peu trop volumineux. La conversation Ă©tait lĂ©gĂšre mais lorsque je lui ai dit que nous ne pourrions pas avoir d’Ă©lĂ©phant, j’ai senti son visage se fermer. Il n’a presque plus rien dit mais une fois Ă  la maison, il est revenu Ă  la charge. Petit Guerrier a Ă©tĂ© pris d’une crise de colĂšre terrible. Il criait et pleurait. Aucune explications n’avait sa place Ă  ce moment, il avait perdu pied si souvent que je savais dĂ©sormais qu’il ne serait rĂ©ceptif Ă  aucune parole. Je lui ai sorti son coussin de la colĂšre et je l’ai encouragĂ© Ă  taper et crier jusqu’Ă  ce qu’il s’apaise. Au bout d’un long moment, j’ai pu dĂ©brifer avec lui. Il avait parfaitement conscience que sa rĂ©action Ă©tait dĂ©mesurĂ©e et il ne cessait de s’excuser. Et tout ça pour quoi ? A force de discuter avec lui, j’ai finalement appris qu’au centre aĂ©rĂ©, il avait peint un lion 
 et pas un Ă©lĂ©phant. Mais qu’un copain Ă©tait repartit avec sa crĂ©ation. L’animatrice lui avait donc donnĂ© l’Ă©lĂ©phant du copain Ă  la place. LĂ  ou un enfant lambda aurait dit  » et non, moi j’ai fait un lion, je veux le rĂ©cupĂ©rer ». Petit Guerrier est restĂ© silencieux, incapable d’exprimer son soucis … jusqu’Ă  l’explosion …

Un lien qui s’abüme


Des situations comme ça, c’Ă©tait presque tous les jours et souvent, je n’ai jamais su le dĂ©clencheur. J’Ă©tais Ă©puisĂ©e par des nuits sans sommeil, accablĂ©e par des gestions crises quotidiennes, tout le temps en recherche de nouvelles astuces ou façon d’aider mon fils. Mon petit garçon qui en plus de ça, ne m’accordait mĂȘme pas un cĂąlin… Les seules fois oĂč je pouvais le prendre contre moi, c’est lors des rares fois oĂč il Ă©tait devant la tĂ©lĂ©. AbsorbĂ© par l’Ă©cran, je pouvais le prendre dur les genoux, caresser ses cheveux, sentir l’odeur de son cou. J’avais tellement besoin de moment de tendresse avec lui pour contre balancer ce quotidien de cris et de pleurs. Mais je n’y avais pas le droit. Et bien sĂ»r, ce n’Ă©tait pas sa faute et je ne l’ai jamais forcĂ©. Mais notre lien s’est distendu pendant un temps 😱. J’avais l’impression d’ĂȘtre sa psychologue, son Ă©ducatrice, sa psychomĂ©tricienne mais pas sa maman 


L’école, une autre difficultĂ©

L’Ă©cole se passait difficilement. MĂȘme si les deux premiĂšres annĂ©es de maternelle, nous avons pu compter sur une enseignante extraordinaire, pleine de bienveillance, qui n’a jamais jugĂ© Petit Guerrier, les dĂ©buts ont tout de mĂȘme Ă©taient trĂšs difficiles. Plusieurs fois par semaine, j’Ă©tais la seule maman Ă  devoir rester parce que Petit Guerrier avait fait telle ou telle chose. Qu’il fallait recadrer. Ce lien Ă©tait important mais j’en suis venue Ă  angoisser d’aller le chercher et d’Ă  nouveau apprendre ce qui n’avait pas Ă©tĂ©. Le regard des autres parents aussi … Toujours la mĂȘme maman qui est convoquĂ©e … Heureusement que l’enseignante Ă©tait Ă  l’Ă©coute et Ă  tout fait pour aider Petit Guerrier.

Nous avons eu beaucoup moins de chance en grande section … Le maĂźtre qu’il a eu cette annĂ©e lĂ  avait dĂ©jĂ  mauvaise rĂ©putation. Mon fils apprĂ©hendait car ce Mr passait son temps Ă  crier et lorsqu’on a une hypersensibilitĂ© auditive forcĂ©ment, ça ne fait pas trop envie. Ce Mr Ă  rĂ©ussi Ă  ruiner toutes les acquisitions faite juste que lĂ . Petit Guerrier qui arrivait enfin Ă  prendre du plaisir Ă  l’Ă©cole, s’est remis Ă  faire des crises pour ne pas y aller. Il a dĂ©veloppĂ© des somatisations, maux de ventre, de tĂȘte, nausĂ©es…

J’avais la sensation que rien n’allait nul part, que nos efforts Ă©taient vains.

Un petit frĂšre

En 2019, Petit Guerrier est devenu grand frĂšre. Petit Coeur est venu agrandir notre famille. C’Ă©tait un bĂ©bĂ© facile, un bĂ©bĂ© cĂąlin qui ne demandait qu’à ĂȘtre dans mes bras. Je suis devenue maman grĂące Ă  Petit Guerrier mais j’ai pu ressentir vraiment le maternage avec Petit Coeur.

Etait il possible d’avoir deux enfants si diffĂ©rents ? Petit Coeur Ă©tait posĂ©, il dessinait pendant des heures, faisait des puzzles et des jeux de sociĂ©tĂ© pendant que ma petite tornade retournait tout dans la maison. Petit Guerrier ne voulait pas de mes cĂąlins mais jalousait ceux que son frĂšre me rĂ©clamait.

Un amour à réinventer

J’Ă©tais perdue. Comment montrer son amour lorsqu’on vous repousse ? Nous avons toujours parlĂ©. Lu des livres, trouvĂ© d’autres chemins mais il me pesait beaucoup de sentir cette distance entre nous. Et sans mentir, il y a des fois, oĂč je ne le supportais plus. Je me rappelle d’une fois, en regardant mes photos sur le tĂ©lĂ©phone. je me suis aperçut que je fondais devant les photos de Petit Coeur et que j’Ă©tais presque indiffĂ©rente devant celle de Petit Guerrier. J’ai pleurĂ© de honte. Comment pouvais je ressentir ça pour mon fils ? Aujourd’hui, je sais que c’Ă©tais un trop plein, une phase et que mon amour pour Petit Guerrier Ă©tait toujours intact. Mais Ă  l’Ă©poque, j’ai eu trĂšs peur que notre relation soit irrĂ©vocablement cassĂ©e…

Nous avons naviguer Ă  vue mais petit Ă  petit, nous avons trouvĂ© le moyen de communiquer. D’apaiser la relation et de se montrer Ă  quel point on s’aime. Car je l’aime plus que tout mon Petit Guerrier ❀.

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